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                                  Des premiers Anglais à Hong Kong
Comme ses semblables venus d'Europe et d'Amérique, après de longs mois de navigation, il avait été débarqué à Hong Kong. Et comme eux, il avait été frappé du spectacle désolant que l'île leur avait offert. L'aridité du sol, la nudité des roches de granite recouvertes d'argile rouge, les arbres rabougris, le déchaînement des tempêtes de mousson qui n'avaient pas manqué de les accueillir, étaient des invitations à faire demi-tour le plus rapidement possible.
      " Quittez l'île sans plus attendre ! " lui avait dit  le docteur Murphy, un médecin anglais, en lui parlant des ravages causés par une fièvre maligne contre laquelle ses confrères et lui ne pouvaient qu'avouer leur impuissance.  Et pour appuyer son conseil, il l'avait emmené  sur un chantier où des centaines de coolies à demi-nus s'affairaient à la construction d'une route. 
      " Ils résistent beaucoup mieux que nous à la chaleur et à certaines maladies qui sont fatales aux Blancs. C'est surtout la misère et la faim qui ont raison d'eux. Les insolations, la dysenterie, la fièvre des marais ont fait beaucoup plus de victimes parmi les troupes anglaises que les balles ou les boulets de l'armée impériale chinoise. Nos chefs militaires, pour qui la vie humaine semble avoir moins de prix que les médailles ramassées sur les champs de bataille, n'ont jamais beaucoup tenu compte des leçons du passé. Le choléra, ce fléau qui à la saison sèche part des deltas pour remonter les fleuves, a bien souvent décimé nos régiments des Indes.  En 1781, mon grand-oncle, le colonel Pearse a perdu, en quelques jours, sept cents de ses hommes. Nous n'avons pas beaucoup plus de moyens qu'à cette époque pour lutter contre les grandes  épidémies. Regardez ! "
       Il lui avait montré sur le bord du chemin en construction des tas d'ossements que les outils des ouvriers chinois avaient mis à jour.
      " Ce sont des os anglais. Ceux de braves petits soldats de la Couronne qui ont eu l'honneur d'être les premiers à s'établir ici. Il y a des officiers, des civils aussi. Les miasmes n'épargnent personne. Il fallait faire vite pour se débarrasser des corps. Dès notre arrivée, on a commencé à construire  des entrepôts, un port, des magasins. Mais personne n'avait encore songé à l'opportunité d'implanter un vrai cimetière. On  enterrera à nouveau ces os, sous la route. Et ils s'entrechoqueront au passage des voitures que nos bateaux ne cessent, depuis quelques mois, de débarquer. "
   Murphy lui avait ensuite parlé des maladies encore inconnues en Europe qui frappaient les populations locales. Il semblait s'intéresser particulièrement à une affection caractérisée par l'apparition d'œdèmes évoluant parfois vers la gangrène.  " Certains de mes confrères prétendent qu'elle est provoquée par une petite araignée verdâtre. Je pense plutôt qu'elle est due à la consommation d'une espèce d'épinards que les Chinois mangent crus. "
    Chance avait écouté sagement les explications du docteur. Il avait reconnu chez ce dernier le ton enthousiaste du chercheur convaincu de la validité de ses thèses. Lui-même avait eu la joie de trouver, la semaine précédente, poussant sur un des pics dominant la baie, une variété rare d'arundinaria sinensis, un bambou pourpre qui ne manquerait pas d'exciter la jalousie de ses collègues de Londres.
                                                                        Les Fleurs de Guerre (page 79)

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